Mercredi 18 janvier 2006
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20:40
C'est officiel, Ang Lee a largement mérité son Golden Globe de meilleur réalisateur, coiffant ainsi au poteau des mastodontes tels Steven Spielberg et Peter Jackson. Oui, pour une fois, je me suis levée tôt pour me jeter sur la première séance du "Secret de Brokeback Mountain". Arrivée avec un peu de retard, j'avais peur de ne pas réussir à m'immerger dans l'ambiance, mais non. Parce que de toute façon, je ne sais pas comment Jake Gyllenhaal et Heath Ledger se sont débrouillés, mais dès qu'on les voit tous les deux, il y a une espèce d'atmosphère intimiste qui se dégage de l'écran littéralement, ça vous colle au siège. Enfin c'est l'effet que ça m'a fait.
Il y a énormément de non-dits dans ce film, normal, en tant que cow-boys, ces gars là ne sont pas bien locaces ni démonstratifs, surtout le personnage de Heath, Ennis Del Mar. Cet homme a constamment l'air torturé, frustré, comme quelqu'un qui prend sur lui depuis très longtemps...sauf quand il est en compagnie de Jack "fucking" Twist. Ce qui fait que chaque réplique est d'autant plus précieuse qu'elles sont minimes, et que chaque mot est arraché de la bouche des personnages principaux comme douloureusement.
Dans "Brokeback", Amour de rime pas avec toujours, mais avec douleur. Vous avez beau savoir que cet amour est impossible, vous y croyez jusqu'au bout, en même temps que Jack. D'ailleurs, au départ, y'en a qui peuvent être sceptiques quant à cette histoire d'amour entre deux cow-boys purs mâles qui crachent bien virilement. D'ailleurs le passage d'état d'"amis" à celui d'"amants" se fait de façon assez brutale, mais en y regardant bien, on réalise que ça n'aurait pas pu se passer autrement, que c'était l'évolution naturelle des choses. Comment qualifier par autre chose que de l'amour, ce sentiment de pleine confiance envers l'autre, autant de complicité qui se dégage de leur relation. Je ne saurais pas comment expliquer...J'ai vraiment eu l'impression qu'ils étaient faits l'un pour l'autre, qu'ils se complétaient parfaitement. Et quand ils ont réalisés qu'ils étaient amoureux, il était trop tard pour faire marche arrière, ils étaient condamnés.
Pourtant, c'est pas faute d'avoir essayé de changer de vie. Pour preuve, ils se sont tous les deux mariés, ont eu des enfants...Ils menaient une vie presque normale...Jusqu'à ce qu'ils se revoient, et retombent dans les bras l'un de l'autre. Et bêtement, vous souriez en même temps qu'eux, parce que vous savez que c'est là que chacun se sent le plus heureux. Ce qui rend chaque période de séparation de plus en plus difficile à vivre, et désormais, les courts instants où ils se revoient sont déjà teintés par la perspective de se quitter à nouveau. Vous savez et ils le savent aussi, qu'ils vivent une histoire sans lendemain, mais ils n'y peuvent rien, c'est sans issue et pourtant ils se cramponnent à ces quelques miettes de bonheur empoisonné...jusqu'au dernier moment, où le destin a décidé de leur jouer un tour fatal et que, jusqu'au bout du film, tout aura continué à les séparer. Mais leur amour, lui, malgré les 20 ans qui sont passés, n'aura pas perdu l'ardeur des premiers instants.
Décors sublimes, musique dépaysante et accordée, interprétation bouleversante...Je n'ai pas assez d'adjectifs dans mon vocabulaire pour définir ce film comme je le voudrais. Il y a toujours des émotions dans ma tête sur lesquelles je n'arrive pas à mettre de mot. Et puis de raison sur le fait que je n'ait fondu en larmes qu'au générique de fin...Ang Lee vient de réinventer l'Amour avec un grand "A".